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Journal de bord, le 14 juillet.

Ce matin, je me suis fait réveiller par le cellulaire, c’était Isabelle qui m'annonçait qu’elle était en route et me demandait si je voulais bien la prendre à bord pour la traversée…..

[ Édité lundi 16 janvier 2006 - 22:56:10 ]

 

Isabelle arrive à 10:30…

Elle s’avance sur le ponton, le poids de son énorme chevelure presque bleue tire en arrière sa tête délicate et lui donne un air triomphant, de temps en temps la brise de mer soulève par le coin sa jupe flottante et montre sa jambe luisante et superbe. Isabelle est si prodigieusement coquette, que le plaisir d’être admirée l’emporte chez elle sur l’orgueil de l’affranchie.

Elle me dit…je suis dans une période de réflexion, de changement. Je ne sais pas… 

 

Et voilà. Comme toujours Isabelle savait être claire et concis dans ses propos. Après avoir rangés ses effets, nous nous sommes assis dans le carré devant un bon café noir. Elle est radieuse, resplendissante, plus belle que la mer, sincère et direct. 

Robert, quand larguerons nous les amarres... 

[ Édité mardi 17 janvier 2006 - 15:20:13 ]

 

Départ de la Marina de Gaspé.

 

Bon me revoilà de retour de ma stupeur devant un tel déchaînement imprévu comme seule Isabelle savait provoquer. Je lui proposai humblement un plan de route à discuter …Isabelle à vogué sur les mers dès son plus jeune âge, sur le voilier de ses parents et pour rien de moins qu’un tour du monde donc, je l’invitai à y mettre son grain de sel.

 

Isabelle, voici mon plan de route…

 

Départ dès 6:00 demain matin afin de sortir de la baie de Gaspé avant que la brise thermique ne s'établisse, ce qui nous obligerait à louvoyer.

 

Tiens voilà un autre café noir…je disais… arrivé au niveau du Cap de la Vielle on fait route à 119 degrés . vrai pour passer entre l'île Brion et les Îles de la Madeleine jusqu'au détroit de Cabot. La cible est 46 degrés 57 min N; 59 degrés 16 min W. Trajet de 240 Mn. Ensuite cap au 99 degrés vrai jusqu'à Cap Race (T-N) et plus exactement jusqu'à la position 46 degrés 12 min N; 53 degrés 05 min W. Trajet de 260 Mn qui nous fait longer la côte sud de T-N et qui passe au sud de St-Pierre et Miquelon.

 

Ensuite on prend le large en virant au 90 degrés vrai jusqu'à La Rochelle. Trajet de 2100 Mn. Pour simplifier les choses et suivre sur une carte, je prévois une route loxodromique. Au total 2600 Mn. Avec un voilier de 30 pi il faut prévoir au mieux 100 Mn par jour. Donc 26 jours de mer mais plus vraisemblablement 30 jours.

 

Isabelle, tu comprends que cette route nous fait passer sur la partie sud des bancs de Terre-Neuve. Cela a l'avantage d'être la route la plus courte mais cela suppose d'attendre la fin de la période des icebergs, donc départ demain le 15 juillet, et aussi que l'on est susceptible de croiser la route de cargos et de chalutiers. Cela implique certaines choses en solitaire… excuse moi à deux. Si tu préfères cela allongera la route de quelques jours voire 1 semaine.

 

Je croyais rêver, devant mon plan de route pour solitaire, qui était établi depuis fort longtemps et selon mes propres envies de l’aventure, à le vendre à cette amie connue lors d’une sortie au Café Campus, avec des étudiants de la faculté. Je crois que secrètement et sans m’en apercevoir, j’ai peut-être toujours aimé Isabelle plus que je le pensais…

 

Je vois que tu es bien préparé Robert et maintenant quels sont tes équipements.

 

J'applique le principe KISS que tu connais Isabelle.

 

Génois 130% sur enrouleur. Grand voile à 3 bandes de ris.

Bas-étais pouvant recevoir un tourmentin (foc de tempête).

 

Matériel de navigation: Un GPS branché sur le système électrique du voilier et un GPS portatif avec piles. Radar. Compas de route. Compas de relèvement. Sondeuse et loch. VHF et téléphone satellite.

 

Régulateur d'allure Cap Horn et pilote automatique (Raymond a choisi ses caractéristiques).

 

Radeau de survie et annexe. Deux réflecteurs radar tubulaires. Corne de brume. Jumelles. Drapeau national et drapeau de courtoisie pour le territoire français. Drapeau jaune pour appeler le douanier. Feux de détresse en double. Balise ARGOS (au cas où ...)

 

puce

Cartes marines papier de tout le territoire couvert. Pointes sèches, règle de Cras, règles parallèles.

 

puce

Éolienne (dans la région où l'on va il y a plus de vent que de soleil).

 

puce

Guindeau pour l'ancre.

 

puce

Pi tout le matérielle habituelle: défenses, amarres, haussières, etc.

 

Tu es vrai marin Robert…

 

Mais nous devons nommer un capitaine avant la mutinerie, je blague.

 

Pour ce qui est de quitté Gaspé jusqu'au cap Breton, je partage ta position Robert. Mais selon la période de l'année ou les conditions météo, j'aurais peut être tendance à vouloir passer au sud du Banc des Orphelins pour débuter notre traversée à Canso NS. Mais j'admets que c'est moumoune.

 

Au départ du Cap Breton ou de Canso, le principe est le même, on se doit de rejoindre le corridor du Golfe Stream.

 

Sur la route du Golfe Stream, je suivrais la route '' Virgin Rock to Gibraltar '' rendu à la hauteur du Lo 30,00, selon les conditions de l'équipage, je parle de toi et moi, et du bateau, J'aurais le choix de me détourner vers les Acores pour une escale santé ou récupératrice enfin relaxer quelques jours dans ce paradis. L'autre choix est de bifurquer sur la route '' Bishop Rock to Mona Pass ''. Ainsi par cette route j'e profiterais au maximum des courants et du vent portant et à mi chemin entre La Rochelle et le Cap d'Omer, je bifurquerais vers La Rochelle.

 

Si non, des vents contraires et un courant de travers rendent la dernière portion inconfortable. Cette route est à peine plus longue que la tienne. Mais le courant nous assureras de 25 milles/ jour Plus les 100-125 milles comme tu disait et nous gagnons presque une semaine.

 

Isabelle était de ces personnes têtus qui ne peuvent faillir à tâche et elle savait convaincre les gens autant qu’elle en était convaincu. La traversée se dessinait….. 

[ Édité mercredi 18 janvier 2006 - 01:47:50 ]

 

 

En fait j'ai décrit ce qui se trouve déjà à bord de mon voilier et j'y peux rien moi, si on voit les choses de la même façon.

[ Édité mercredi 18 janvier 2006 - 03:21:37 ]

 

 

Je suis tout à fait d'accord avec tes routes Robert. Sert moi un autre café s’il te plaît. J'utiliserais les mêmes si je choisissais de suivre les routes je rentrerais par la Manche plutôt que de passer dans la machine à laver du Golfe de Gascogne en atterrissant à La rochelle) Je préfère utiliser une route qui ne colle pas trop sur celle des cargo. C'est trop stressant. Nous arriverons vers la mi-août alors que les conditions océanographiques et climatiques demeureront sensiblement les mêmes.

 

Isabelle, tu sais dans mon travail on a un dicton, ce n'est pas les poursuites appréhendé qui est le pire, c'est celle qu'on attend plus. Donc je préfère me méfier du cargo qui est probablement là, que d'être frappé par celui qui devait pas être là. En plus une route achalandée, ça donne une certaine sécurité

 

Il passe à peine 13h00. Raymond était parti avec ma camionnette, prendre possession de mon désalinateur et de la nourriture déshydraté préparé par un marin de New-Richmond .

 

J’invitai ma nouvelle équipière à prendre une marche jusqu’ à la maison Mathilde…

 

 

Nous nous baladions l'un à coté de l'autre, si près en fait que mine de rien nos genoux et nos mollets se touchaient. Nos conversations étaient entrecoupées, de part et d'autre, d'allusions à l'intimité que nous vivons ces derniers temps et rapidement nos circonlocutions devinrent de plus en plus concupiscentes. Bref, on chevauchait sur la bonne voie!

 

Non seulement l'idée que l'on vive une aventure devenait plausible mais l'imminence et les circonstances de l'événement me surprirent. En effet, c'est un peu plus tard, à l'orée d'une clairière isolée, que nous avons cédé à la force des choses…

 

Nous sommes demeurés de longues minutes bien calés dans les longues herbes pour admirer la communion des rayons de soleil embrassant l’horizon. Le soleil était là, la brise est très très faible et douce. Quelques petits cirrus. C’est humide...

 

Nous pouvions entendre les vagues et sentir l’air chargé de cet embrun salé. J'ai jeté un regard vers l’est, il n’y avait absolument personne en vue. Le bleu de la mer qui demeurait encore indescriptible tant qu'il ne cessait pas de changer... Le synchronisme des vagues... Les conditions parfaites étaient réunies....

 

Nous avons repris notre marche mais en sens inverse, vers la marina. Devant la marina, un punk courra vers nous en agitant les bras comme quelqu'un qui se noie.

  • Spoil est malade! Spoil est malade! hurlait-il.

Un peu plus loin, un deuxième punk était couché sur le sol dans une forme tordue que me rappelait un vieux torchon. Nous avons présumé qu'il s'agissait de Spoil mais l'autre punk n'était plus là pour nous le confirmer. Il était déjà loin, courant et gueulant «Spoil est malade! Spoil est malade!»

Je m'approchai du punk qui gisait sur le bitume. Sa respiration était imperceptible. J'ai tenté de trouver son pouls sans succès (j'ai appris à prendre le pouls en regardant Baywatch). J'étais convaincu qu'il était mort, et mort depuis longtemps car il puait la charogne.

L'autre punk était rendu deux coins de rue plus loin vers l'est et je l'entendais hurler: «Spoil est malade! Spoil est malade!»

Tout à coup, Spoil ouvrit les paupières. Le blanc de ses yeux était strié de rouge. Il devait avoir un peu trop poussé sur l'héroïne.

Je mis ma main sur l'arrière de sa tête pour la redresser.

  • Ça va? lui ai-je demandé, tendrement.

  • Mange d'la marde, m'a-t-il répondu!

  • Je venais de passer dix minutes à subir son odeur nauséabonde, j'avais même poussé l'altruisme jusqu'à lui toucher malgré la répugnance qu'il m'inspirait et il me dit de manger de la m...! S'il n'y avait pas eu de témoin, je lui aurais servi une baffe.

  • Une ambulance arriva. Je m'en suis approché.

  • C'est nous qui vous a appelés. dis-je à l'ambulancier. C'est un punk. Il est derrière le buisson là-bas mais il semble correct maintenant.

  • Pourquoi tu dis ça, me demanda l'ambulancier.

  • Euh! il m'a parlé.

  • Il t'a envoyé chier?

  • En plein ça!

  • Tout est beau! Quand ils t'envoient chier, c'est qu'ils sont corrects!

  • Les ambulanciers sont tout de même sortis de leur véhicule et se sont dirigés vers le punk malade pour revenir trente secondes plus tard, les insultes proférés par Spoil les ayant rassurés.

    Isabelle et moi reprîmes notre marche. Nous n'avons pas revu l'ami de Spoil. Je pense qu'il est rendu dans le bout de Bonaventure, courant et hurlant encore: «Spoil est malade! Spoil est malade!»

    Isabelle entra dans le voilier comme si elle y était entrée une centaine de fois. J'aime Isabelle parce que tout est simple avec elle. Pas besoin de lui dire de faire comme si elle était chez elle: elle avait déjà les pieds sur la table du carré avant que j'aie eu enlevé ma veste.

     

    puce

    T'as faim? me demanda-t-elle.

    puce

    Non. Si t'as faim, le frigo est plein.

    puce

    Bof! J'ai envie de manger des mets chinois.

    puce

    Elle s'étira le bras et attrapa le téléphone. Elle passa une commande à un restaurant chinois qui assure la livraison à la marina. En fin d'appel, je l'entendis dire:

    puce

    Apportez-moi une brosse à dent avec ça.

    puce

    Je m'en fous! Trouvez une pharmacie ouverte et achetez-moi une brosse à dent! Je vous garantis un très gros pourboire. Pis la brosse à dent, je la veux neuve, c'est-à-dire dans son emballage. OK?

    puce

    Elle raccrocha.

    puce

    La bouffe arriva une demi-heure plus tard. Le chinois souriait et exhibait fièrement la brosse à dent. Isabelle lui remit un billet de cent dollars, ce qui équivalait à cinq fois le prix de la commande, puis lui dit:

    puce

    La prochaine fois que je demande quelque chose, vous ne m'obstinez pas, OK?

     

    Le chinois qui n'avait rien comprit répondit avec un accent mandarin: «Oui Madame!».

     

    Nous avons bouffé avec nos doigts en se moquant de se salir. D'ailleurs, Isabelle a tôt fait de tâcher sa camisole blanche. Elle l'enleva. Elle enleva aussi son soutien-gorge et reprit le cours du repas. Elle ne dit mot, se contentant de me sourire…

     

    La prochaine fois que je demande quelque chose, vous ne m'obstinez pas, OK?

    Le chinois qui n'avait rien comprit répondit avec un accent mandarin: «Oui Madame!».

     

    Nous avons bouffé avec nos doigts en se moquant de se salir. D'ailleurs, Isabelle a tôt fait de tâcher sa camisole blanche. Elle l'enleva. Elle enleva aussi son soutien-gorge et reprit le cours du repas. Elle ne dit mot, se contentant de me sourire…

     

    Après notre copieux repas, j’ai servi à Isabelle un bon Expresso accompagné d’un Amarulla et quelques minutes plus tard nous sentîmes le voilier tanguer, c’était Raymond qui désirait nous payer un verre au bar du village et ce afin de souligner notre départ.

     

    Une fois rendu au bar le Castor, Isabelle se dirigea vers les toilettes et alors une fille s'accrocha à mon chandail.

    • T'as-tu d'la coke?

    • Du Pepsi, ça fait-tu?

    Bon, je sais, le gag était facile. Mais, à voir le regard engourdi de cette loque humaine, elle se foutait de ce qu'on lui répondait. Seule une réponse affirmative aurait pu faire réagir ses neurones.

     

    Elle tituba vers Raymond et lui posa la même question. Plus catégorique que moi, Raymond ne dit rien et la poussa loin de lui. Elle alla s'échouer sur un gars qui avait vraiment l'air d'un deux de pique. Il se pencha vers elle pour mieux comprendre ce qu'elle voulait. Il sourit à plein dentier; ça devait être la première fois qu'une inconnue lui adressait la parole depuis son rendez-vous avec son agente d'aide sociale.

    Prédateur de première, il emmena la fille hors du bar. La suite se laisse deviner: pour une ligne, elle fera la morte pendant qu'il vomit en elle.

     

    Qu'est-ce qui est le plus triste? La fille qui se fait sauter par un gros laid pour un peu de cocaïne ou le gros laid qui se défait d'un peu de cocaïne pour s'accoupler avec un dépotoir ambulant?

     

    Et, il y a pire: lorsque le besoin de drogue devient un besoin d'amour. Combien de filles, avant le levée du soleil, se seront données en pâture à des écumeurs de bar pour un peu d'affection?

     

    Trêve de discours sur la tragédie humaine et deux mots sur la soirée. Le Castor me plaît bien. Côté musique, pas de disco ou de dance (un plus!) mais trop de rap. Piste de danse où les coudes se tiennent haut. Beaucoup de frimeurs

    Bon! Où est mon lit?

     

    Nous sommes retournés à la marina vers 23 :00 heures, afin de se coucher tôt car une grosse journée nous attendait. J’ai laissé la cabine arrière à Isabelle afin qu’elle puisse être plus confortable pour y dormir, une fois que nous serons au large.

     

    Bonne nuit Isabelle …

    [Édité vendredi 20 janvier 2006 - 01:23:41 ]

     

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